• 23Oct

    Anouk Aïata, à découvrir !

    Interview d’Anouk Aïata et d’Amos Mah

    En avril, sortait le 1er album d’Anouk Aïata,  la femme mangeuse des nuages du ciel , nous l’avons trouvé excellent et donc décidé d’en découvrir un peu plus…

    C’est dans son appartement très bohème du quartier de Belleville à Paris, que la chanteuse nous reçoit en compagnie de son accolyte Amos Mah.

    – Bonjour et merci de nous recevoir, comment Amos et toi vous êtes-vous rencontrés ?

     Anouk Aïata:  C’était il y a 6 ou 7 ans dans un groupe de trip-hop, Amos était violoncelliste et moi, on m’avait démarché pour chanter. Et on s’est rencontré pour la 1ère fois au studio bleu, pour une répétition.

     – Comment en êtes-vous venu à travailler ensemble ?

     Amos Mah:  Dans ce groupe, la musique se faisait beaucoup au travers des machines, il y avait pas mal de problèmes techniques quand on se produisait en live. Dans ces moments là, avec Anouk, on faisait souvent des petites impro pour meubler. Au fur et à mesure, on s’est rendu compte que musicalement ça fonctionnait bien entre nous, c’est pour cela que quand le groupe s’est délité on a décidé de poursuivre l’aventure tous les deux dans un registre qui nous était plus familier, à l’un et à l’autre.

     – Quels ont été vos parcours musicaux respectifs ?

     Amos Mah: J’ai eu un parcours très classique, conservatoire commencé à 7 ans et terminé à 23, donc un cursus assez long, qui s’est terminé, par ce que l’on appelait dans le temps un prix de conservatoire, non ça s’appelait même une médaille d’or à l’époque. Oh coquin ! lui rétorque Anouk ( rire ) Maintenant ça s’appelle un DEM, c’est un peu plus jargonneux on va dire…

    -Anouk- Ca veut dire quoi DEM ?

    Diplôme d’Etudes Musicales, je l’ai obtenu en violoncelle, musique de chambre, formation musicale. Par ailleurs j’ai débuté un DEUG de musique à Paris 8 Saint-Denis que je n’ai pas poursuivi. Parallèlement à ça je jouais de la contrebasse dans un big band de jazz, du violoncelle dans un groupe klezmer, j’ai même joué dans un groupe de hard rock à 15 ans. J’écrivais également quelques chansons dans mon coin, sans jamais avoir osé les présenter aux gens, jusqu’à ce que je rencontre Anouk.

     Anouk Aïata:  J’ai eu mon 1er groupe de musique à 15 ans, au lycée, on jouait du rock n’roll ! Après j’ai eu plein d’expériences au sein de groupes différents, du reggae, du jazz, de la soul, de la funk, toujours en tant que chanteuse et auteur, puis tout cela s’est affiné avec le temps. Je savais dès mon adolescence que je voulais faire ce métier, il m’a fallu 10 ans et beaucoup de projets, accompagnés de petits boulots, avant de rencontrer Amos. La création d’Anouk Aïata ne s’est pas fait tout de suite, il a fallu 3 ou 4 ans, entre le moment ou on s’est rencontré et celui on on a démarré ensemble, pour fleurir finalement par une signature sur le label Barclay en 2012.

     – Comment le label Barclay vous a découvert ?

     Anouk Aïata: Ils nous ont découverts grâce à nos maquettes qu’on a fait avec un producteur indépendant. On a travaillé pendant 1 an avec Amos sur l’écriture des textes, un maquettage et aussi recruté des musiciens pour nous accompagner. Puis deux personnes sont entrées dans la boucle, qui sont un manageur et un apporteur d’affaire et c’est grâce à eux que les choses se sont concrétisées, car je pense qu’Amos et moi on aurait eu beaucoup de mal à démarcher les maisons de disques, à obtenir des rendez-vous. Et je conseille à tout les musiciens en herbe qui nous lisent, qui veulent se professionnaliser et signer dans un label ou une major, de s’accompagner d’apporteurs d’affaires dont le métier est d’appeler les maisons de disques pour leur présenter des projets auxquels ils croient et les défendre lors de rendez-vous avec des directeurs artistiques. La signature a eu lieu après de longues démarches et plusieurs entretiens.

    Amos Mah: Il faut aussi souligner, que l’élément déclencheur, est aussi qu’ils sont venus nous voir en concert et que c’est quelque chose que j’imagine très difficile pour des artistes qui débutent de déposer une maquette et dire aux maisons de disques, on joue à telle heure, à tel endroit, alors qu’il y a des gens dont c’est le métier de les faire venir.

     Anouk Aïata: C’est difficile pour quelqu’un qui n’a pas eu de buzz sur internet ou qui ne sort pas d’un télé-crochet de faire venir des directeurs artistiques à ses concerts. D’ailleurs je me demandais souvent comment j’allais faire pour qu’ils viennent me voir car je ne connaissais personne. C’est à force de prendre des rendez-vous, de faire écouter notre travail, qu’ils se sont finalement déplacés au bout d’un an de démarche, sur un live parisien au China dans le 11ème arrondissement. Ce soir là, toutes les maisons de disques qui étaient interessées se sont pointés. C’était bon pour nous aussi car il y avait 3 ou 4 labels différents qui se toisaient, ça a créé un engouement, on avait la pression, on était ravi (rire).

     – Parlez nous de votre album ?

       Amos Mah: L’album s’appelle la femme mangeuse des nuages du ciel qui est la signification de Aïata en maori, c’est un prénom, nous avions très à coeur d’apporter cet élément de compréhension à travers le titre de l’album, car finalement Anouk Aïata et son album ne font qu’un. Cet album est une succession de tableaux qui font découvrir un peu toutes les facettes musicales que nous avons en nous.

    Anouk Aïata: On me demande souvent : mais comment mettre une étiquette sur cet album ? comment le classer ? comment le définir ? j’y ai souvent réflechi et je me suis dit qu’on faisait purement de la variété car notre album est extrèmement varié, on passe de la chanson ethnique à des folklores de l’est pour passer sur des sons plus jazz, un univers folk, un autre un peu celto-médiéval, tout ça avec comme fil conducteur la langue française et notre onirisme qu’on partage tout les deux.

    CoverAlbum.Anouk

     – Tu évolues dans un imaginaire très varié, de quoi t’inspires tu pour écrire tes chansons ?

     Anouk Aïata: Toutes les chansons sont écrites par Amos et moi-même, on est deux auteurs sur cet album, je pense que nous sommes inspiré vraiment par les mêmes choses, la nature, le sentiment de l’humain, l’émotionnel.

     Amos Mah: La contemplation ! Nous ne racontons pas vaiment beaucoup d’histoires dans nos chansons. On va dire pour faire court que c’est plus un album d’impression que didactique.

    – Ce que tu dis à propos de ‘tableaux’ pour décrire l’album est très juste, j’ai l’impression que vous arrivez à développer des « images » dans vos chansons, presque comme un conte… 

     Anouk Aïata: ça me fais très plaisir que tu dises ça car c’est exactement ce qu’on voulait. Pouvoir dire aux gens : venez avec moi dans cette image, dans ce décor.

     Amos Mah: Anouk a parlé d’onirisme tout à l’heure, pour nous cet album est un peu comme un rêve, c’est la naissance d’un imaginaire.

     Anouk Aïata: c’est un peubienvenue chez nous, dans notre monde sans frontières, c’est aussi pour ça que nous avons hâte de continuer à proposer d’autres musiques au public.

     – Quels ont été vos influences musicales ?

     Anouk Aïata: J’en ai énormément, pour moi reviennent toujours des gens qui m’ont énormément marquée musicalement comme Ella Fitzgerald, Barbara, Dalida mais aussi des grandes chanteuses de Fado, beaucoup de musiques du monde, Gil-Scott Heron, Björk, Fiona Apple, vraiment pleins de choses, ça va du Rock à la Folk, à la Soul, beaucoup de styles différents et Amos a un panel très large aussi  je vais le laisser citer 80 noms ! (rire)

     Amos Mah: Je suis toujours gêné par la question de l’influence car il y a beaucoup d’artistes que j’aime dont j’aimerais pouvoir me réclamer, mais je ne suis pas sûr que çela se retrouve dans ce que je fais par exemple si je te dis que ma référence ultime serait les Beatles, ça ne ressemble pas du tout à ce que je propose comme musique. Il y a aussi Barbara, le Classique surtout la période 19ème siècle avec Schubert, Beethoven. Je dirais plutôt que j’ai été construit musicalement par le classique, le jazz et la chanson française. Je pourrais aussi te dire que j’adore Miles Davies et que j’aimerais vraiment que ce soit une influence qui soit reconnue chez moi mais malheureusement je ne pense pas faire la même musique que lui.

     Anouk Aïata: Nous avons été nourris par beaucoup de choses que nous ne retrouvons pas forcément de manière flagrante dans l’album, mais il y aura d’autres aventures ou peut être…

     Amos Mah: On va dire que mon influence musicale est la curiosité.

     Anouk Aïata: Très bien dit Mr Mah (rire)

     – En 1 an vous avez joué plusieurs 1ère partie, notamment Zebda, Olivia Ruiz et Coeur de Pirate, comment se sont passés ces différents concerts ?

     Anouk Aïata: Très bien, on a adoré profiter du public de nos comparses musiciens, c’était très cool, à chaque fois on a eu un accueil qui nous a étonnés. Pour Zebda par exemple j’ai eu un peu peur que leur public trouve notre musique trop éthérée ou posée et en fait non, on a eu un accueil vraiment chaleureux, que ce soit au Zénith de Paris ou à Strasbourg. On a aussi joué à La Cartonnerie à Reims en ouverture de Coeur de Pirate, très bon souvenir, d’ailleurs je crois que c’était la 1ère date avec Coeur de Pirate.

     Amos Mah: C’était même la 1ère date hors de Paris.

     Anouk Aïata: C’est pour ça que Reims est un peu notre international (rire). On a aussi ouvert pour Marc Lavoine, il nous a gentillement invité pour ses six Olympia et son Palais des Sports et on fait Brigitte Fontaine bientôt.

     Amos Mah: Et on a joué en ouverture de Dominique A aussi, c’était super.

     – Pour le coup, vous faîtes les 1ères parties d’artistes vraiment différents de votre musique… 

    Anouk Aïata: Oui, sauf pour Brigitte Fontaine et Olivia Ruiz je pense même que nous pourrions presque être cousines germaines, on est très proche de leur univers, après on est effectivement plus éloigné musicalement de Zebda ou  Coeur de Pirate, mais le point commun reste quand même qu’on chante tous de la musique française.

     Amos Mah: La rencontre qui nous a beaucoup marqués, est celle d’Olivia, aussi parce que nous l’avons suivie sur cinq dates de suite, on se voyait tous les jours, on a tissé aussi des liens avec les musiciens et les techniciens présents sur sa tournée. On a connu toute l’équipe, si bien, qu’a un moment donné on aurait pu se croire comme faisant partie de l’équipe tellement nous avons été bien accueillis.

    Anouk Aïata: Ils sont tous très soudés et ça se ressent quand on les voient sur scène, nous avons vraiment eu l’impression de rentrer dans leur petite famille.

     Amos Mah: D’ailleurs lors d’un concert à l’ile d’Yeu, un de ses musiciens est venu jouer un morceau avec nous, c’était formidable. C’était la 1ère fois que ça nous arrivait de se sentir aussi proche d’une équipe.

     Anouk Aïata: C’est Franck Marty, qui nous a rejoint sur scène il a joué de la scie musicale, sinon il joue tous les instruments un peu exotiques et de la guitaresur l’album d’Olivia. Si on était parti plus longtemps avec Zebda, je pense aussi qu’on serait devenu de bons copains car ils nous ont fait un super accueil.

    – Vous avez donc eu un bon retour du public lors de ces concerts ?

     Amos Mah: On a toujours peur quand on passe en 1ère partie, car nous même quand on va voir un concert, des fois on se dit que…, bon, ce n’est pas évident tu n’as que cinq chansons et on peut avoir du mal à rentrer dans l’univers, donc c’est vrai que ça donne une pression supplémentaire.

     Anouk Aïata: Faire une 1ère partie c’est stressant, le public te découvre sur un laps de temps très court.

     Amos Mah: On se dit qu’il faut absolument convaincre, on se met la pression, au bout d’un moment tu l’oublies un petit peu car on se dit qu’entre partager et convaincre on préfère partager. On sent assez souvent le public dérouté sur les deux premiers morceaux, l’oreille attentive, et à un moment on sent qu’il se passe quelque chose avec une partie des gens et c’est ça que nous aimons.

     – Quels sont vos projets actuellement ?

     Anouk Aïata: Actuellement nous écrivons de nouveaux titres et on les maquette car notre projet est de faire un deuxième album courant 2014, un peu plus axé Folk française. Une référence dont on a pas parlé tout à l’heure, c’est Alela Diane, on aimerait se rapprocher de cet univers, mais en français, on travaille la-dessus avec Amos pour aboutir à un très bel album. C’est prenant, mais aussi un peu angoissant car on aimerait sortir le maximum de jolis textes tout de suite, que tout aille vite, alors qu’on a toujours peur d’être en panne d’inspiration.

     Amos Mah:  Ce qui arrive parfois d’ailleurs.

    Anouk Aïata:  On sort d’une période un peu creuse, oû on se disait ‘mince on a un peu de mal à écrire’, alors qu’il ne faut jamais dramatiser ça, il y a des périodes, comme beaucoup de choses dans la vie. Donc la, on est de nouveau dans la création, on en profite pourvu que ça dure longtemps et qu’il en sorte de très bonnes choses.

     Amos Mah: Pourvu qu’elle soit douce… (rire)

     – Avec quel(s) artiste(s) aimeriez-vous jouer un jour ?

     Anouk Aïata: Je ne sais pas si on va avoir les mêmes, en ce moment je me fais un grand revival sur Camille Bazbaz, donc aujourd’hui, la, tout de suite je te réponds ça.

     Amos Mah: Moi ça me va !

     Anouk Aïata: Ah ouai ? Je le croise souvent à Belleville en plus, mais la prochaine fois il faut que je me ballade avec un disque et que je lui donne. Donc Camille rendez-vous à Reims ou à Belleville (rire)

     Amos Mah: Pour parler d’une autre artiste qui a le même prénom, c’est Camille, peut être que dans 10-15 ans on aura la chance de la croiser et de lui dire ‘si on faisait un morceau ensemble ?’

     Anouk Aïata: C’est vrai qu’elle est remarquable.

     Amos Mah: Donc les deux Camille si vous voulez faire un quatuor…

     – Quel est votre coup de coeur musical du moment ?

     Anouk Aïata: Je te répondrai encore Camille.

     Amos Mah: C’est vrai que j’en suis toujours pas revenu de son dernier album, sur les 10 ans qui viennent de s’écouler je crois que c’est le meilleur que j’ai entendu. Ca reste un avis très personnel.

     Anouk Aïata: Je crois que l’album de Bertrand Cantat qui arrive va être très très fort aussi, j’ai entendu dire que les textes étaient magnifiques.

    Amos.Mah

     

    Merci à Anouk et Amos pour cette interview.

    Crédit photo : Lisa Roze. 

    Interview réalisée le 23 septembre 2013. Florian Da Cunha pour Exact Music.

     

     

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